"Elle est en moi comme le rêve interdit, intouchable. Elle s'immisce en mes veines et me fait sentir l'effroi de ses peines. Je lui confesse secrètement mes pensées les plus intimes, à l'ombre du jardin des humains. Comme le bruit des pendules qui m'angoisse, le temps marque sur mon visage et le sien l'ignorance des gens qui passent outre les différences qui nous séparent.Peu importe, son jardin secret est le mien, chacune de ses oeuvres comme un message inquiétant, m'offre tour à tour les racines de ses forces. Je m'approprie son univers comme s'il était mien depuis tant de siècles. Son histoire je la connais par coeur, le contour de ses lèvres épanouies, le creux de ses joues comme un gouffre qui m'attire, et son regard qui m'émeut. Elle est autour de moi, elle m'épit, me sourit puis me pleure sans jamais trop en faire. Et lorsque la solitude m'oppresse jusqu'au bout de la nuit, j'ai la prétention de penser qu'elle compatit, c'est alors que j'imagine sur nos joues des larmes de pluie toutes salies par l'audace. Elle est comme une statue de porcelaine que je pose délicatement sur un piédestal, plus forte que moi, souveraine en ses veines. Mon désir pour elle s'avère avant tout cérébral, j'ai juste besoin de ses bras, si loins, si loins de moi. Elle dit que la vie est triste comme un verre de grenadine, eh bien si l'en est ainsi, c'est avec elle que je veux la boire..."